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TSPT ou TSPT complexe ? Comprendre ce que laissent les traumatismes répétés
Ce que recouvre ce diagnostic, pourquoi la honte y prend tant de place, et comment trouver de l'aide
Par Marie-Agnès Thulliez · Auteur · Directrice de la publication12 minutes de lecture
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Peut-être avez-vous vécu des violences ou des humiliations pendant des mois, parfois des années, et vous en portez encore les traces. Les souvenirs reviennent sans prévenir. Mais il y a aussi autre chose : une honte qui ne vous quitte pas, des émotions qui débordent ou qui s'éteignent d'un coup, une grande difficulté à faire confiance. Cet ensemble de difficultés est reconnu officiellement depuis 2022 : on parle de trouble de stress post-traumatique complexe, ou TSPT complexe.
Cet article explique simplement ce que recouvre ce diagnostic, d'où il vient, comment il se soigne et vers qui se tourner. Il peut vous aider à mettre des mots sur ce que vous vivez et à préparer un échange avec un professionnel.
Avant de lire
Cet article parle de violences et de leurs conséquences. Sa lecture peut remuer. Vous pouvez la faire à votre rythme, en plusieurs fois, et vous arrêter quand vous voulez. Si elle ravive des choses difficiles, les numéros d'aide se trouvent juste en dessous.
Si vous allez mal maintenant
Si vous avez des idées de suicide, ou si vous êtes inquiet ou inquiète pour un proche, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et disponible 24 h/24, 7 j/7. En cas de danger immédiat : 15 (urgence médicale), 17 (police), 112 (depuis tout téléphone), ou 114 par SMS si vous ne pouvez pas parler.
Victime de violences, quelle que soit votre situation : 116 006 (France Victimes, gratuit, 7 j/7). Femmes victimes de violences et leur entourage : 3919 (gratuit, anonyme, 24 h/24). Violences sexuelles : 0 800 05 95 95 (Viols Femmes Informations). Si vous avez moins de 18 ans, ou si un enfant est en danger : 119, et vous pouvez appeler vous-même.
Vous n'êtes pas en France ? Le 112 fonctionne dans toute l'Europe. En Belgique : 0800 32 123. En Suisse : 143. Au Canada : 9-8-8. Ailleurs, contactez les urgences locales ou votre médecin.
En bref
- Le TSPT complexe associe les symptômes du stress post-traumatique à des difficultés durables dans trois domaines : les émotions, l'image de soi et les relations.
- Il apparaît le plus souvent après des traumatismes répétés dont il était difficile ou impossible de s'échapper, comme des violences dans l'enfance ou des violences conjugales.
- Ces difficultés ne sont pas des défauts de caractère : ce sont des conséquences compréhensibles de ce qui a été vécu.
- Seul un professionnel peut poser le diagnostic. Un questionnaire validé en français peut aider à en parler.
- Des traitements existent et aident, même si le chemin prend souvent du temps.
1. Le stress post-traumatique, en quelques mots
Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) peut apparaître après un événement très menaçant ou horrible : une agression, un accident grave, des violences. La Classification internationale des maladies, publiée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et dont la 11e version (CIM-11) est en vigueur depuis 2022, le décrit par trois groupes de signes (OMS, 2026) :
- Revivre l'événement au présent : des images, des sensations ou des cauchemars qui donnent l'impression que cela se reproduit maintenant, pas seulement qu'on s'en souvient.
- Éviter ce qui le rappelle : des lieux, des personnes, des conversations, et même ses propres pensées.
- Se sentir toujours en danger : être sur ses gardes en permanence, sursauter au moindre bruit.
Ces signes persistent plusieurs semaines au moins et gênent la vie personnelle, familiale ou professionnelle.
2. Ce que le TSPT complexe ajoute
Dans le TSPT complexe, on retrouve ces trois groupes de signes. S'y ajoutent des difficultés profondes et durables dans trois domaines de la vie.
Les émotions
Les émotions peuvent être très intenses et difficiles à calmer : des colères qui vous surprennent vous-même, des crises de larmes, un besoin de se faire mal ou de prendre des risques pour soulager la tension. Elles peuvent aussi, à l'inverse, s'éteindre d'un coup : on se sent vide, « coupé » de soi, comme dans du coton. Si vous vous faites du mal en ce moment, vous pouvez en parler au 3114, même sans idées de suicide.
L'image de soi
C'est souvent le plus douloureux. Beaucoup de personnes se sentent fondamentalement abîmées, sans valeur, « nulles », et portent une honte ou une culpabilité écrasantes, souvent sans rapport avec leur responsabilité réelle. « C'est de ma faute », « je suis sale », « je ne mérite pas qu'on m'aime » : ces pensées ne décrivent pas la réalité, elles sont une trace de ce qui a été vécu.
Les relations
Il devient difficile de se sentir proche des autres et de garder des liens dans la durée. Beaucoup de personnes s'isolent ou gardent leurs distances pour se protéger, parce que la proximité réveille la peur d'être à nouveau blessées. Certaines se sentent seules même entourées.
À retenir
La honte, la colère ou la méfiance ne sont pas des défauts de caractère. Quand on a dû survivre longtemps dans un environnement dangereux, ces réactions ont souvent été des protections. Elles peuvent continuer bien après la fin du danger.
3. D'où vient le TSPT complexe ?
La psychiatre américaine Judith Herman a proposé cette notion en 1992, en observant des personnes qui avaient subi des violences prolongées : violences dans l'enfance, violences conjugales, captivité (Herman, 1992). L'OMS en a fait un diagnostic officiel, en vigueur depuis le 1er janvier 2022. Ce diagnostic n'existe pas dans le manuel américain (DSM), et en France le codage hospitalier utilise encore l'ancienne version de la classification : il est donc possible qu'un professionnel n'emploie pas ce terme, même s'il connaît ces difficultés.
Le TSPT complexe apparaît le plus souvent après des traumatismes répétés ou prolongés, dont il était difficile ou impossible de s'échapper : violences physiques ou sexuelles dans l'enfance, violences conjugales, emprise, torture. Mais ce n'est pas une règle absolue. Toutes les personnes qui ont vécu ces situations ne développent pas un TSPT complexe, et il arrive qu'il suive un événement unique. C'est l'ensemble des difficultés présentes qui compte, pas seulement l'histoire. Et ne pas avoir ces difficultés ne veut pas dire que ce que vous avez vécu était moins grave.
C'est un trouble fréquent. Selon une synthèse publiée dans la revue médicale The Lancet, il toucherait 1 à 8 % de la population. Dans les services de santé mentale, cela peut aller jusqu'à une personne suivie sur deux (Maercker et al., 2022).
Si les violences continuent aujourd'hui
Si vous vivez encore des violences, dans votre couple, votre famille ou ailleurs, la priorité est votre sécurité. Vous pouvez en parler au 3919, au 116 006 ou au 17. Un professionnel vous aidera d'abord à vous protéger ; le travail sur les souvenirs viendra ensuite.
4. Ce que ce n'est pas
- Ce n'est pas « votre caractère ». Beaucoup de personnes vivent avec ces difficultés depuis si longtemps qu'elles pensent être « comme ça ». Nommer le TSPT complexe permet souvent de comprendre que ces difficultés ont une origine, et qu'elles peuvent évoluer.
- Ce n'est pas la même chose qu'un trouble de la personnalité borderline (aussi appelé « état limite »), même si les deux sont souvent confondus. Une peur intense d'être abandonné ou abandonnée, une identité très instable, des relations passionnées et chaotiques et l'impulsivité orientent plutôt vers un trouble borderline (Cloitre et al., 2014). Les deux peuvent aussi coexister, et beaucoup de personnes ayant un trouble borderline ont elles aussi vécu des traumatismes. Aucun de ces diagnostics n'est un jugement sur la personne, et les deux se soignent. Un professionnel pourra faire la différence.
- Ce n'est pas seulement une dépression ou de l'anxiété, même si elles l'accompagnent souvent. Si un traitement de la dépression n'a pas suffi, il peut être utile d'explorer avec un professionnel la part du traumatisme.
- Certaines personnes ressentent aussi une forte dissociation : trous de mémoire, sentiment d'irréalité, impression de se voir de l'extérieur. C'est important à signaler au professionnel.
5. Comment savoir ?
Lire un article peut aider à se reconnaître, mais seul un professionnel de santé formé au psychotraumatisme peut poser un diagnostic, après un entretien approfondi.
Il existe un court questionnaire à remplir soi-même, construit pour ce diagnostic : l'International Trauma Questionnaire (ITQ, « questionnaire international sur le trauma ») (Cloitre et al., 2018). Une version française a été validée (Peraud et al., 2022), et le Centre national de ressources et de résilience (Cn2r) la met à disposition en téléchargement libre. Le remplir peut vous aider à préparer un premier rendez-vous et à en parler. Si cela vous remue, arrêtez-vous : vous pourrez le faire plus tard, ou avec un professionnel. Un score, élevé ou non, ne dit pas à lui seul ce que vous avez : le questionnaire ouvre une conversation, il ne la remplace pas.
Chez l'enfant et l'adolescent, l'évaluation relève de professionnels spécialisés, en pédopsychiatrie ou dans un centre médico-psychologique pour enfants et adolescents.
6. Est-ce que ça se soigne ?
Oui, des traitements existent et aident. Les thérapies dites « centrées sur le trauma », c'est-à-dire qui travaillent directement sur les souvenirs traumatiques et leurs effets, réduisent les symptômes de stress post-traumatique. C'est vrai aussi chez les personnes qui ont des difficultés propres au TSPT complexe (Karatzias et al., 2019). Parmi elles :
- certaines thérapies cognitivo-comportementales (TCC), qui aident à modifier les pensées et les comportements entretenus par le traumatisme, et les thérapies d'exposition ;
- l'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), qui aide à retraiter les souvenirs traumatiques à l'aide de mouvements des yeux ou d'autres stimulations alternées.
Ces trois approches réduisent les symptômes de stress post-traumatique ; sur l'image de soi et les relations, les données sont aujourd'hui plus nombreuses pour les thérapies cognitivo-comportementales et l'exposition, l'EMDR ayant fait l'objet de moins d'essais dans ce contexte (Karatzias et al., 2019).
Un suivi aborde souvent plusieurs dimensions. Elles ne se succèdent pas toujours dans un ordre fixe, et selon les personnes, le travail sur les souvenirs peut commencer assez tôt, une fois quelques repères de sécurité posés (Maercker et al., 2022) :
- Comprendre ce qui se passe, pour que les réactions deviennent moins effrayantes.
- Se sentir en sécurité, dans sa vie et dans la relation avec le thérapeute, et apprendre à calmer les émotions trop fortes.
- Travailler sur les souvenirs traumatiques, à un rythme adapté, pour qu'ils perdent leur charge.
- Reconstruire une image de soi plus juste et des relations plus sereines.
Il arrive qu'on se sente temporairement plus remué au début du travail sur les souvenirs. C'est fréquent, et cela se parle avec le thérapeute. Des médicaments peuvent parfois aider pour certains symptômes, comme le sommeil ou une dépression associée, mais ils ne remplacent pas la psychothérapie. Il n'existe pas de durée standard, et une bonne relation avec son thérapeute fait partie du soin.
7. Vers qui se tourner ?
- Votre médecin traitant est souvent une bonne première porte. Il peut vous orienter vers un psychiatre ou un psychologue.
- Les centres médico-psychologiques (CMP) proposent des consultations gratuites avec des psychiatres et des psychologues.
- Le dispositif Mon soutien psy permet le remboursement de séances chez un psychologue partenaire, selon les conditions en vigueur.
- Des centres régionaux du psychotraumatisme, en lien avec le Cn2r, existent dans toutes les régions, souvent avec des antennes, mais ils restent inégalement répartis et les délais varient. Vous pouvez chercher le plus proche sur la page Localiser les structures de soin du Cn2r.
- Un psychologue, psychiatre ou psychothérapeute formé au psychotraumatisme. Pour les thérapies cognitivo-comportementales, l'AFTCC (Association française de thérapie comportementale et cognitive) propose un annuaire. Pour l'EMDR, l'association EMDR France propose un annuaire de praticiens.
- Les associations d'aide aux victimes, comme France Victimes (116 006), peuvent vous orienter et vous accompagner dans vos démarches, y compris juridiques.
Lors d'un premier rendez-vous, vous avez le droit de poser des questions : « Avez-vous une formation au traitement du traumatisme ? », « Quelle méthode utilisez-vous, et pourquoi pour moi ? », « Que fait-on si c'est trop difficile pour moi ? », « Combien de temps environ, à quel coût, et est-ce remboursé ? ». Un bon thérapeute accueillera ces questions et ira à votre rythme. Si le courant ne passe pas, vous avez le droit de changer de thérapeute.
Vérifiez le titre du praticien (médecin, psychologue, psychothérapeute) : ces titres sont protégés et figurent dans des registres publics. Méfiez-vous de toute personne qui promet une guérison rapide, vous isole de vos proches ou vous demande de couper les liens.
Pour les proches
Si une personne que vous aimez vit avec ces difficultés, ses réactions (retrait, colère, méfiance) ne sont pas dirigées contre vous. Cela ne vous oblige pas à tout accepter : vous pouvez poser des limites avec bienveillance. Évitez de minimiser (« c'est du passé ») et de pousser à des démarches (confrontation, plainte) que la personne n'a pas choisies. Vous pouvez l'encourager à consulter sans la forcer, l'écouter sans exiger de récit, et prendre soin de vous aussi : le 3114 et les associations d'aide aux victimes répondent aussi aux proches.
Questions fréquentes
Je me reconnais dans cet article. Est-ce que j'ai un TSPT complexe ?
Peut-être, peut-être pas : d'autres difficultés peuvent y ressembler. Le plus utile est d'en parler à un professionnel formé au psychotraumatisme. Vous pouvez apporter cet article ou le questionnaire ITQ rempli pour faciliter la conversation.
Faut-il raconter tout ce qui s'est passé dès le début ?
Non. Un thérapeute formé ne vous demandera pas de tout raconter d'emblée. Le travail sur les souvenirs se prépare avec vous, et c'est vous qui gardez la main sur le rythme. Il n'est pas nécessaire d'aller parfaitement bien pour le commencer.
Est-ce que je vais guérir ?
Beaucoup de personnes vont mieux avec un traitement adapté : les souvenirs pèsent moins, les émotions deviennent plus gérables, l'image de soi change. Pour certaines, notamment après des violences subies dans l'enfance, les progrès sont plus lents. Si cela prend du temps, ou si une première thérapie n'a pas suffi, ce n'est pas un échec de votre part : on peut ajuster l'approche ou changer de thérapeute.
Pour aller plus loin sur TIRCIA
- Article « Qu'est-ce qu'un trauma ? »
- Article « Comprendre ses émotions »
- Parcours « Pourquoi je doute toujours de moi ? », à votre rythme
- Tous les parcours pour les particuliers
- Vous êtes professionnel ou professionnelle ? Lire l'article « Le TSPT complexe (CIM-11) : repérer, évaluer, traiter »
En une phrase
Le TSPT complexe nomme ce que laissent souvent les traumatismes répétés (des souvenirs qui reviennent, mais aussi une honte tenace, des émotions débordantes et des relations abîmées), et cela se comprend et peut aller beaucoup mieux avec une aide adaptée.
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, ce que vous vivez a un nom et peut s'apaiser. En parler à un professionnel formé au psychotraumatisme est un premier pas, et si vous allez mal maintenant, le 3114 répond à toute heure.
Sources
- Cloitre, M., Garvert, D. W., Weiss, B., Carlson, E. B., & Bryant, R. A. (2014). Distinguishing PTSD, complex PTSD, and borderline personality disorder: A latent class analysis. European Journal of Psychotraumatology, 5(1), 25097. https://doi.org/10.3402/ejpt.v5.25097
- Cloitre, M., Shevlin, M., Brewin, C. R., Bisson, J. I., Roberts, N. P., Maercker, A., Karatzias, T., & Hyland, P. (2018). The International Trauma Questionnaire: Development of a self-report measure of ICD-11 PTSD and complex PTSD. Acta Psychiatrica Scandinavica, 138(6), 536–546. https://doi.org/10.1111/acps.12956
- Herman, J. L. (1992). Complex PTSD: A syndrome in survivors of prolonged and repeated trauma. Journal of Traumatic Stress, 5(3), 377–391. https://doi.org/10.1002/jts.2490050305
- Karatzias, T., Murphy, P., Cloitre, M., Bisson, J., Roberts, N., Shevlin, M., Hyland, P., Maercker, A., Ben-Ezra, M., Coventry, P., Mason-Roberts, S., Bradley, A., & Hutton, P. (2019). Psychological interventions for ICD-11 complex PTSD symptoms: Systematic review and meta-analysis. Psychological Medicine, 49(11), 1761–1775. https://doi.org/10.1017/S0033291719000436
- Maercker, A., Cloitre, M., Bachem, R., Schlumpf, Y. R., Khoury, B., Hitchcock, C., & Bohus, M. (2022). Complex post-traumatic stress disorder. The Lancet, 400(10345), 60–72. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(22)00821-2
- Organisation mondiale de la santé. (2026). CIM-11 pour les statistiques de mortalité et de morbidité, 6B41 Trouble de stress post-traumatique complexe. https://icd.who.int/browse/2026-01/mms/fr#585833559
- Peraud, W., Hebrard, L., Lavandier, A., Brockbanck-Chasey, S., Brennstuhl, M. J., & Quintard, B. (2022). French cross-cultural adaptation and validation of the International Trauma Questionnaire (ITQ) in a French community sample. European Journal of Psychotraumatology, 13(2), 2152109. https://doi.org/10.1080/20008066.2022.2152109
Cet article donne des repères généraux, à jour à la date de sa publication. Il ne remplace ni l'avis d'un médecin, seul à même de poser un diagnostic, ni l'accompagnement d'un psychologue ou d'un psychothérapeute formé au psychotraumatisme.
Déclaration d'intérêts : l'autrice dirige TIRCIA, dont certains parcours en ligne sont cités dans cet article.