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Les troubles du comportement alimentaire : comprendre, repérer, se faire aider

Anorexie, boulimie, hyperphagie et les autres : ce que l'on sait aujourd'hui, ce qui soigne, et comment accompagner un proche

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Une jeune femme et sa mère assises côte à côte, dans un échange apaisé

Penser sans cesse à la nourriture, à son corps, à ce que l'on a mangé ou pas. Manger en cachette, ou ne plus réussir à manger devant les autres. Se sentir prisonnier de règles que l'on ne choisit plus. Les troubles du comportement alimentaire s'imposent à la personne qui en souffre, bien au-delà de sa volonté.

Ce sont de vraies maladies, qui touchent le corps et l'esprit, souvent pendant des années. Elles se soignent, et la guérison complète est possible. Cet article fait le point sur ce que dit la recherche internationale, pour vous aider à comprendre, à repérer et à trouver de l'aide.

Des maladies, pas des choix

Les troubles du comportement alimentaire, ou TCA, sont des troubles psychiques graves. Ils associent des comportements alimentaires perturbés à une préoccupation envahissante pour la nourriture, le poids ou l'apparence. Ils ont une forte composante biologique, et personne ne les choisit.

En 2015, plusieurs organisations internationales de soignants, de patients et de familles, réunies autour de l'Academy for Eating Disorders, ont résumé les connaissances en « neuf vérités ». Les principales :

  • on peut avoir l'air en bonne santé et être gravement malade ;
  • les familles ne sont pas responsables du trouble, et peuvent être les meilleures alliées du soin ;
  • ces troubles touchent tous les genres, tous les âges, toutes les silhouettes et tous les milieux ;
  • les gènes et l'environnement jouent tous deux un rôle ;
  • la guérison complète est possible, et une aide précoce compte (Schaumberg et al., 2017).

Les principales formes

TroubleCe qui le caractérise
Anorexie mentaleUne restriction alimentaire qui conduit à un poids trop bas, une peur intense de grossir qui persiste malgré l'amaigrissement, et une perception du corps perturbée.
BoulimieDes crises répétées où l'on mange beaucoup en peu de temps avec un sentiment de perte de contrôle, suivies de comportements pour « compenser ». L'estime de soi dépend fortement du poids et de la silhouette. Le poids reste souvent dans la moyenne, ce qui rend le trouble peu visible.
Hyperphagie boulimiqueDes crises répétées avec perte de contrôle, sans comportements de compensation, souvent vécues dans la honte et le secret. C'est le plus fréquent des troubles nommés.
ARFID (restriction ou évitement de l'ingestion des aliments)Une alimentation très limitée, non pas par peur de grossir, mais à cause de la texture ou du goût des aliments, de la peur de s'étouffer ou de vomir, ou d'un faible intérêt pour manger. Il peut apparaître à tout âge.
Autres troubles spécifiésDes formes qui ne correspondent pas exactement aux cases ci-dessus, mais qui font tout autant souffrir. Ce sont les plus fréquentes.

Le trouble peut changer de forme au fil du temps. Et un TCA peut exister quelle que soit la silhouette : on parle par exemple d'anorexie « atypique » quand une personne présente tous les signes de l'anorexie sans être en sous-poids. Elle n'en est pas moins en danger : une étude chez des adolescents et jeunes adultes a retrouvé chez eux autant de bradycardie (un cœur anormalement lent, signe de danger médical) que chez les jeunes en sous-poids (Garber et al., 2019).

Qui est concerné ?

Les TCA sont fréquents. Une grande synthèse internationale estime qu'environ 8 % des femmes et 2 % des hommes en ont souffert au cours de leur vie, et que la proportion de personnes touchées à un moment donné a augmenté entre 2000 et 2018 (Galmiche et al., 2019). Selon l'étude mondiale sur la charge des maladies, plus de 40 millions de personnes souffraient en 2019 d'hyperphagie boulimique ou d'un autre trouble spécifié, deux formes longtemps oubliées des statistiques, qui s'ajoutent aux quelque 14 millions de cas d'anorexie et de boulimie déjà recensés (Santomauro et al., 2021).

Ce sont souvent des maladies de la jeunesse : près de la moitié commencent avant 18 ans, et plus de huit sur dix avant 25 ans (Solmi et al., 2022). Pendant la pandémie de Covid-19, les hospitalisations pour TCA ont fortement augmenté, d'environ 48 % en moyenne selon une synthèse (Devoe et al., 2023).

Les garçons et les hommes sont aussi concernés, mais plus rarement repérés : chez eux, la préoccupation porte parfois sur la musculature plutôt que sur la minceur (Brown et Keel, 2023). Les personnes LGBT+ sont plus exposées, probablement en raison du stress lié aux discriminations (Parker et Harriger, 2020).

En France, une estimation déjà ancienne indiquait que seule une personne concernée sur deux environ recevait des soins (Santé publique France, 2008).

D'où viennent ces troubles ?

Il n'y a jamais une cause unique. Les TCA naissent de la rencontre entre une vulnérabilité et un environnement.

La part biologique est importante. Les études de jumeaux estiment que les facteurs génétiques expliquent environ la moitié, voire un peu plus, du risque d'anorexie. Une grande étude génétique a montré que l'anorexie partage des bases génétiques non seulement avec d'autres troubles psychiques, mais aussi avec le métabolisme : c'est en partie une maladie « métabo-psychiatrique » (Watson et al., 2019). Les gènes seuls ne décident pourtant de rien.

L'environnement compte aussi. Une grande revue de toutes les études sur les facteurs de risque retient deux facteurs parmi les mieux étayés : avoir subi des moqueries sur son apparence ou son poids, associé à tous les TCA, et avoir subi des violences sexuelles dans l'enfance, associé à la boulimie (Solmi et al., 2021). Les régimes, la pression sur l'apparence et certains sports où la silhouette compte sont d'autres terrains favorables.

Et les réseaux sociaux ? Les études montrent un lien, mais modeste, et elles ne permettent pas de dire que les réseaux sociaux causent à eux seuls un TCA. La comparaison avec les autres et l'intériorisation d'idéaux de minceur ou de muscles semblent jouer un rôle ; apprendre à prendre du recul sur les images et apprécier son corps semblent protéger (Dane et Bhatia, 2023 ; Zhang et al., 2021).

La famille n'est pas la cause. Les spécialistes internationaux rejettent les modèles qui rendaient les parents responsables du trouble. Ils recommandent au contraire de les associer au soin (le Grange et al., 2010).

TCA et trauma

Les liens entre trauma et troubles alimentaires sont aujourd'hui bien documentés. Une synthèse de 2017 montre que les maltraitances dans l'enfance sont associées à tous les types de TCA, avec un début plus précoce, des troubles plus sévères, et d'autant plus que les maltraitances ont été nombreuses (Molendijk et al., 2017). Selon une synthèse des études de prévalence citée dans la revue de Convertino et Mendoza, environ une personne sur cinq à une sur quatre souffrant d'un TCA présenterait aussi un trouble de stress post-traumatique (Convertino et Mendoza, 2023), et le lien avec le trauma apparaît le plus régulier dans les formes avec crises de boulimie ou comportements de purge (Molendijk et al., 2017).

Pour certaines personnes, contrôler la nourriture, ou au contraire manger pour s'apaiser, devient une façon de supporter des émotions ou des souvenirs trop lourds. Comprendre ce lien aide à mieux soigner le trouble. Pour en savoir plus : Qu'est-ce qu'un trauma ?.

La recherche avance sur des soins qui traitent les deux à la fois. Dans un premier essai randomisé, ajouter un travail sur le trauma à la thérapie du TCA a mieux réduit le stress post-traumatique, sans différence démontrée sur le TCA lui-même, et les participants exprimaient une préférence plus marquée pour cette approche intégrée (Trottier et al., 2022). L'essai était petit, mais la piste est sérieuse. Quand un trauma est présent, il est donc utile d'en parler à l'équipe soignante.

Des maladies sérieuses

Les TCA touchent tout l'organisme : le cœur, les os, les dents, le système digestif, les hormones. L'anorexie est l'un des troubles psychiques les plus graves : le risque de décès y est environ six fois plus élevé que dans la population générale, et une partie de ces décès sont des suicides (Arcelus et al., 2011). La boulimie et les autres TCA augmentent aussi ce risque. Si vous avez des idées suicidaires, appelez le 3114, jour et nuit.

C'est pourquoi un suivi médical régulier fait toujours partie du soin, même quand la personne semble aller bien.

Les signes qui doivent alerter

Aucun signe, pris seul, ne permet de poser un diagnostic. Mais plusieurs de ces changements, quand ils durent, méritent qu'on en parle :

  • une préoccupation envahissante pour la nourriture, le poids, la silhouette ou le fait de « manger sain » ;
  • des repas sautés ou évités, des excuses pour ne pas manger avec les autres, des règles alimentaires de plus en plus strictes ;
  • de la nourriture qui disparaît, des crises cachées, des comportements pour « compenser » ce qui a été mangé ;
  • une activité physique excessive ou vécue comme une obligation, même malade ou blessé ;
  • des changements d'humeur : irritabilité, tristesse, anxiété autour des repas, repli sur soi ;
  • des signes physiques : fatigue, vertiges, frilosité, troubles des règles, changements de poids importants dans un sens ou dans l'autre.

Le déni fait souvent partie de la maladie : la personne peut ne pas se sentir malade, ou avoir trop honte pour en parler.

Ce qui soigne

Plus le soin commence tôt, meilleures sont les chances de guérison. En France, la Haute Autorité de santé recommande une prise en charge pluridisciplinaire : un suivi médical, un suivi psychologique et un accompagnement nutritionnel, coordonnés entre eux, avec la famille associée au soin, y compris chez l'adulte quand c'est possible (HAS, 2010 ; HAS, 2019a). Le plus souvent, les soins se font en ambulatoire ; une hospitalisation est parfois nécessaire.

Les recommandations internationales s'accordent sur les psychothérapies à proposer en premier :

SituationCe qui a fait ses preuves
Anorexie chez l'enfant et l'adolescentLa thérapie familiale centrée sur le trouble, où les parents sont aidés à soutenir l'alimentation de leur enfant
Anorexie chez l'adulteDes psychothérapies spécifiques : thérapie cognitivo-comportementale adaptée aux TCA, MANTRA, accompagnement clinique spécialisé ; en seconde intention, thérapie psychodynamique focale
BoulimieChez l'adulte, un autosoin guidé (un livre de travail accompagné de courtes séances avec un professionnel), puis, s'il ne suffit pas, la thérapie cognitivo-comportementale adaptée aux TCA ; chez l'adolescent, la thérapie familiale
Hyperphagie boulimiqueLa thérapie cognitivo-comportementale adaptée aux TCA, ou la thérapie interpersonnelle, en individuel ou en groupe ; l'autosoin guidé est une première étape possible

Sources : American Psychiatric Association, 2023 ; NICE, 2017 ; NICE, s.d. ; Monteleone et al., 2022.

Les médicaments ont une place limitée : ils viennent en complément de la psychothérapie. Dans la boulimie, chez l'adulte, un antidépresseur, la fluoxétine, peut la compléter pour réduire la fréquence des crises (ANSM, s.d.).

La guérison est possible, même après des années. Dans une étude qui a suivi des femmes pendant 22 ans, environ deux sur trois s'étaient rétablies de l'anorexie ou de la boulimie (Eddy et al., 2017). Pour beaucoup, le chemin est long, avec des hauts et des bas. Une rechute est une étape fréquente du rétablissement, et le chemin continue.

Pour les proches

Voir quelqu'un que l'on aime souffrir d'un TCA est angoissant. Votre soutien compte beaucoup, aux côtés du soin.

  • Choisissez un moment calme, à distance des repas, et parlez en tête-à-tête plutôt qu'à plusieurs.
  • Parlez de ce que vous ressentez et observez, plutôt que de nourriture ou de poids : « Je te trouve triste et fatigué ces temps-ci, je m'inquiète pour toi. »
  • Évitez tout commentaire sur l'apparence, même positif : « tu as bonne mine » peut être très mal vécu.
  • Ne surveillez pas l'assiette de votre propre initiative, et ne présentez jamais un régime comme une solution. Pour un enfant ou un adolescent, c'est l'équipe soignante qui vous aidera, si besoin, à reprendre en main les repas, dans un cadre défini avec elle.
  • Restez patient face au déni : il fait partie de la maladie. Revenez vers la personne, sans forcer.
  • Proposez de l'accompagner chez le médecin.
  • Prenez soin de vous : les associations de familles proposent écoute et groupes de parole.

Sources : Beat, s.d. ; HAS, 2019b.

Si votre enfant est concerné, sachez que vous n'êtes pas responsable de sa maladie, et que les parents sont aujourd'hui considérés comme des alliés essentiels du soin.

Où trouver de l'aide en France

  • Votre médecin traitant : un premier interlocuteur, qui peut faire un bilan et orienter vers une équipe spécialisée.
  • La FFAB (Fédération française anorexie boulimie) : un annuaire des centres et équipes spécialisés sur ffab.fr.
  • Anorexie Boulimie Info Écoute : 09 69 325 900, numéro non surtaxé, le lundi, mardi, jeudi et vendredi de 16 h à 18 h, avec selon les jours des psychologues, des médecins ou des associations de familles et d'usagers (fna-tca.org).
  • Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236, gratuit et anonyme, pour les 12-25 ans, tous les jours de 9 h à 23 h (sante.fr).
  • Mon soutien psy : jusqu'à 12 séances par an remboursées chez un psychologue partenaire, pour les difficultés psychologiques légères à modérées (info.gouv.fr). Les formes sévères relèvent d'équipes spécialisées.

En cas de malaise, de faiblesse importante, de douleurs dans la poitrine ou d'évanouissement, appelez le 15 sans attendre.

Besoin d'aide maintenant ?

3114 : numéro national de prévention du suicide, gratuit et confidentiel, 24 h/24. Les proches peuvent aussi appeler.

15 ou 112 : en cas de danger immédiat.

09 69 325 900 : Anorexie Boulimie Info Écoute (lundi, mardi, jeudi et vendredi, 16 h-18 h).

À retenir

  • Les troubles du comportement alimentaire sont de vraies maladies, pas des choix ni un manque de volonté.
  • Ils touchent tous les âges, tous les genres et toutes les silhouettes, et commencent souvent avant 25 ans.
  • Gènes et environnement y contribuent ; la famille n'en est pas la cause, mais une alliée du soin.
  • Les traumas, en particulier dans l'enfance, augmentent le risque : il est utile d'en parler aux soignants.
  • Un soin précoce et pluridisciplinaire, avec des psychothérapies spécifiques, donne les meilleures chances de guérison.
  • La guérison complète est possible, même après des années.

Références

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Cet article donne des repères généraux, à jour à la date de sa publication. Il ne remplace ni l'avis d'un médecin, seul à même de poser un diagnostic, ni l'accompagnement d'un psychologue ou d'un psychothérapeute.

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