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La neuroplasticité : pourquoi le cerveau peut changer

Ce que la science dit de la capacité du cerveau à se réorganiser, à tout âge, et ce que cela change après un trauma

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Une femme souriante apprend à jouer du piano dans un salon lumineux, une partition ouverte devant elle

Longtemps, on a cru que le cerveau adulte était figé : on naissait avec un capital de neurones, et il ne restait plus qu'à le perdre. On sait aujourd'hui que c'est faux : le cerveau adulte continue de modifier ses connexions toute la vie, au gré de ce que l'on vit, apprend et répète. La question de savoir si de nouveaux neurones naissent encore chez l'adulte reste débattue (Sorrells et al., 2018 ; Boldrini et al., 2018). En 2025, une étude a toutefois retrouvé dans l'hippocampe adulte, une zone de la mémoire, des cellules capables de devenir des neurones, en quantité très variable d'une personne à l'autre (Dumitru et al., 2025).

Cette capacité s'appelle la neuroplasticité. Elle explique pourquoi les expériences difficiles laissent des traces, mais aussi pourquoi il est possible de changer.

Qu'est-ce que la neuroplasticité ?

Notre cerveau compte des milliards de neurones reliés entre eux par des connexions. Chaque fois que nous pensons, ressentons ou agissons, certains circuits s'activent. Plus un circuit est utilisé, plus ses connexions se renforcent ; moins il sert, plus elles s'affaiblissent. On résume souvent cette idée, proposée en 1949 par le psychologue Donald Hebb, par une formule popularisée plus tard par la neurobiologiste Carla Shatz : « les neurones qui s'activent ensemble se connectent ensemble ».

La neuroplasticité, c'est cette capacité du cerveau à modifier ses connexions, et parfois même sa structure, en fonction de l'expérience. Elle est particulièrement forte dans l'enfance, mais elle se poursuit à l'âge adulte.

Ce que montrent les études

Deux études devenues célèbres illustrent bien ce phénomène :

ÉtudeCe qui a été observéCe qu'elle montre
Maguire et al., 200016 chauffeurs de taxi londoniens, qui doivent mémoriser des milliers de ruesL'arrière de l'hippocampe, une zone liée à la mémoire de l'espace, était plus volumineux que chez des hommes non chauffeurs, et d'autant plus que les années de métier étaient nombreuses (l'avant était, lui, un peu plus petit). Une étude ultérieure a suivi des apprentis : seuls ceux qui ont réussi l'examen montraient ce changement (Woollett et Maguire, 2011).
Draganski et al., 200412 jeunes adultes qui ont appris à jongler avec trois balles, comparés à 12 autres qui n'ont pas apprisLa matière grise a augmenté dans des zones liées à la perception du mouvement. Trois mois après l'arrêt de l'entraînement, elle avait en partie diminué.

Ces études montrent deux choses : le cerveau change avec ce que l'on pratique, et ces changements s'entretiennent. Ce qui n'est plus utilisé tend à s'effacer.

Trois idées reçues à oublier

  • « On n'utilise que 10 % de son cerveau. » C'est un mythe : toutes les zones du cerveau ont une fonction et sont actives à différents moments.
  • « Les jeux d'entraînement cérébral rendent plus intelligent. » Une grande revue scientifique a montré qu'ils améliorent surtout… les exercices du jeu lui-même, avec très peu de preuves d'effets sur la vie quotidienne (Simons et al., 2016). Une exception est à l'étude : chez des personnes âgées, un entraînement précis à la vitesse de traitement, complété par des séances de rappel, a été associé à moins de diagnostics de démence vingt ans plus tard ; les entraînements de la mémoire et du raisonnement n'ont pas montré cet effet. C'est un résultat encourageant, mais qui reste à confirmer (Coe et al., 2026).
  • « Après un certain âge, c'est trop tard. » Le cerveau reste capable d'apprendre toute la vie. Les changements demandent souvent plus de temps et de répétition avec l'âge, mais ils restent possibles.

Ce que cela change après un trauma

La neuroplasticité a deux faces. Un événement traumatique, ou des années de stress, renforcent les circuits de l'alarme et de la vigilance : le cerveau a appris que le monde est dangereux, et il réagit vite et fort. C'est une forme d'apprentissage : le cerveau a cherché à protéger la personne. Pour en savoir plus : Qu'est-ce qu'un trauma ?.

Mais ce qui a été appris peut, en partie, se réapprendre. Chez des personnes souffrant de stress post-traumatique, des études d'imagerie suggèrent que la psychothérapie peut diminuer l'activité de l'amygdale, le « détecteur d'alarme », et renforcer celle de régions qui aident à réguler les émotions (Thomaes et al., 2014). De nouvelles expériences de sécurité, des relations bienveillantes et des exercices répétés vont dans le même sens. C'est un travail progressif, qui prend du temps, mais c'est précisément ce que la neuroplasticité rend possible.

Ce qui aide le cerveau à se transformer

  • Répéter : un nouveau réflexe se construit par la pratique régulière, pas en une fois.
  • Apprendre quelque chose de nouveau : une langue, un instrument, une activité manuelle.
  • Bien dormir : le sommeil aide à consolider ce que l'on a appris dans la journée (Rasch et Born, 2013).
  • Bouger : chez des personnes âgées, un an d'exercice aérobie régulier a augmenté d'environ 2 % le volume de l'hippocampe, alors qu'il diminuait dans le groupe témoin (Erickson et al., 2011).
  • Cultiver les liens : les relations de confiance sont l'un des terrains les plus fertiles pour changer.
  • Apaiser le stress : un stress chronique gêne l'apprentissage. Des exercices comme la cohérence cardiaque aident à faire redescendre la pression.

Besoin d'aide maintenant ?

3114 : numéro national de prévention du suicide, gratuit et confidentiel, 24 h/24.

15 ou 112 : en cas de danger immédiat.

À retenir

  • Le cerveau se transforme toute la vie en fonction de ce que l'on vit, apprend et répète.
  • Ce qui est pratiqué se renforce ; ce qui n'est plus utilisé tend à s'effacer.
  • Les jeux d'entraînement cérébral améliorent surtout les exercices du jeu ; leurs effets sur la vie quotidienne sont peu démontrés.
  • Le trauma comporte un apprentissage du danger, et ce qui a été appris peut, en partie, se réapprendre.
  • Répétition, sommeil, mouvement, liens et apaisement du stress soutiennent ce changement.

Références

  1. Boldrini, M. et al. (2018) 'Human hippocampal neurogenesis persists throughout aging', Cell Stem Cell, 22(4), pp. 589–599. Disponible sur : https://doi.org/10.1016/j.stem.2018.03.015.
  2. Coe, N.B. et al. (2026) 'Impact of cognitive training on claims-based diagnosed dementia over 20 years: evidence from the ACTIVE study', Alzheimer's & Dementia: Translational Research & Clinical Interventions, 12(1), e70197. Disponible sur : https://doi.org/10.1002/trc2.70197.
  3. Draganski, B., Gaser, C., Busch, V., Schuierer, G., Bogdahn, U. et May, A. (2004) 'Changes in grey matter induced by training', Nature, 427(6972), pp. 311–312. Disponible sur : https://doi.org/10.1038/427311a.
  4. Dumitru, I. et al. (2025) 'Identification of proliferating neural progenitors in the adult human hippocampus', Science, 389(6755), pp. 58–63. Disponible sur : https://doi.org/10.1126/science.adu9575.
  5. Erickson, K.I. et al. (2011) 'Exercise training increases size of hippocampus and improves memory', Proceedings of the National Academy of Sciences, 108(7), pp. 3017–3022. Disponible sur : https://doi.org/10.1073/pnas.1015950108.
  6. Maguire, E.A. et al. (2000) 'Navigation-related structural change in the hippocampi of taxi drivers', Proceedings of the National Academy of Sciences, 97(8), pp. 4398–4403. Disponible sur : https://doi.org/10.1073/pnas.070039597.
  7. Rasch, B. et Born, J. (2013) 'About sleep's role in memory', Physiological Reviews, 93(2), pp. 681–766. Disponible sur : https://doi.org/10.1152/physrev.00032.2012.
  8. Simons, D.J. et al. (2016) 'Do "brain-training" programs work?', Psychological Science in the Public Interest, 17(3), pp. 103–186. Disponible sur : https://doi.org/10.1177/1529100616661983.
  9. Sorrells, S.F. et al. (2018) 'Human hippocampal neurogenesis drops sharply in children to undetectable levels in adults', Nature, 555(7696), pp. 377–381. Disponible sur : https://doi.org/10.1038/nature25975.
  10. Thomaes, K. et al. (2014) 'Can pharmacological and psychological treatment change brain structure and function in PTSD? A systematic review', Journal of Psychiatric Research, 50, pp. 1–15. Disponible sur : https://doi.org/10.1016/j.jpsychires.2013.11.002.
  11. Woollett, K. et Maguire, E.A. (2011) 'Acquiring "the Knowledge" of London's layout drives structural brain changes', Current Biology, 21(24), pp. 2109–2114. Disponible sur : https://doi.org/10.1016/j.cub.2011.11.018.

Cet article donne des repères généraux, à jour à la date de sa publication. Il ne remplace ni l'avis d'un médecin, seul à même de poser un diagnostic, ni l'accompagnement d'un psychologue ou d'un psychothérapeute.

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